Amélie Nothomb m’a ressucitée #1

17:55. Le Boulevard Saint-Germain bourdonne. La Seine n’est pas loin. La librairie Albin Michel non plus. Nous marchons quelques centaines de mètres et cet édifice s’impose à nous. Une file se dessine devant l’entrée. Intriguée, une femme interroge : « Excusez-moi monsieur, mais pouvez-vous me dire ce qu’il se passe ici ? » La réponse est évidente puisqu’elle est largement affichée en vitrine : une séance de dédicace. Une séance de dédicace ? Mais qui dédicace ? Encore une fois la réponse est accrochée : un visage féminin aux yeux noirs et lèvres rouges, le sourire en coin, subtilement couvert d’un voilage moucheté nous observe. Un nom au-dessus : Amélie Nothomb. La femme satisfaite s’en retourne après avoir expliqué à sa jeune accompagnatrice qui est cet écrivain. Visiblement, elle ne lui est pas inconnue, mais les remarques sur l’auteur m’échappent. La file me happe et je patiente. Quelques minutes plus tard, ma mère m’annonce trois heures d’attente. Je ne sais que faire : attendre pour voir cet auteur que j’admire ou rentrer chez moi et le regretter toute ma vie ? Le choix se fait vite. Cependant un léger doute persiste : il me faut en avoir le cœur net. Je rentre dans la librairie sous l’œil suspicieux des admirateurs. Leurs regards me quittent quand je tourne à droite, car la file va à gauche. En réalité, je suis là pour l’apercevoir, cette femme en noir. Un plan d’action : rapidement, je m’arrête et contemple un tourniquet de carnets. J’aime beaucoup les carnets mais là, j’ai d’autres préoccupations. Je guette mais la file est trop dense. Je m’avance d’un tourniquet et atterris avec les moleskines : je tourne, tourne et tourne encore jusqu’à ce que les regards des libraires planqués à droite me détaillent. Je peux lire dans leurs yeux : « Que veut-elle, celle-là ? Elle veut doubler… » Ce n’était pas dans mes intentions : j’allonge mon cou. Tel un suricate dans son désert, je m’étire au maximum et  parviens à voir un large chapeau noir. Puis une silhouette, debout. Ça y est, j’ai ma réponse : je dois rester. On ne manque pas une occasion pareille. En courant presque, je regagne ma place dans la queue, sous l’œil encore plus suspect des libraires. Il ne me reste plus qu’à attendre. L’observation est le passe-temps le plus naturel dans ces moments creux : une foule alignée et unie dans un même but fait un très bon sujet d’observation. Juste devant, deux jeunes filles. Rien d’extraordinaire.  A deux pas de moi, un zombie. La vingtaine je dirais, le cheveux noir et plutôt court, le dos voûté. Mais son regard… Les paupières si lourdes que l’on n’a qu’une envie : lui offrir un lit et accessoirement lui prendre sa place. Voilà ce qu’on appelle l’altruisme bien placé. Mais malheureusement il tient bon, du moins pour l’instant. Un pas devant nous avons un sexagénaire aux yeux très bleus et au teint mat. C’est une sentinelle sur pied : il ne cesse de se tourner, d’observer le moindre déplacement, il guette tout. Une voix plutôt douce me parvient : derrière moi viennent d’arriver deux jeunes hommes. J’apprendrai plus tard par leur discussion qu’il s’agit de chanteurs. Conversation variée mais autocentrée : l’art contemporain se mêle aux potins d’amis tout en passant par la critique -sévère- d’albums de musique. Ils n’ont jamais cessé de parler des trois heures d’attente. On comprend qu’ils soient chanteurs. Encore derrière, un couple allemand se glisse. Ils parlent forts mais je ne parviens pas à saisir ce qu’ils disent. Je retourne faire un tour en librairie.

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