Amélie Nothomb m’a ressucitée #2

J’y aperçois le discours de réception d’Amélie Nothomb à l’Académie Royale de Belgique, le feuillette et finalement m’y plonge, intensément. Seulement le tout premier discours n’est pas le sien ; c’est un accueil des plus chaleureux et pourtant légèrement moqueur. On rit de son succès auprès de ses lecteurs. On rit de ses mots piquants et drôles à chacune de ses pages. On rit de sa franchise et de son humour 100% belge. Sans omettre son attitude profondément japonaise. Un écrivain chapeauté tout autant que culottée. Je continue à lire. Visiblement, tout le monde connaît sa fidélité envers ses lecteurs et étonne. Quand on apprend que quotidiennement elle consacre cinq heures à répondre à ses lettres, on ne peut pas lui rester indifférent. Il y a là une forme de courage remarquable. Enfin… Je retourne à ma queue, sans avoir atteint le sésame du discours. Pour une autre fois peut-être. C’est même sûr. A une autre fois. J’attends, j’attends, j’attends. Pop ! Pop ! Qu’est-ce donc ? D’où viennent ces bruits de liège sauteur ? Il n’en faut pas plus longtemps pour l’entendre que pour le voir : une libraire passe dans la queue armée d’un plateau de gougères et… de champagne ! bien sûr ! Pourquoi avais-je douté ? Nous étions en Août, certes, mais nous ne dépassions pas les vingt-cinq degrés Celsius. Une température trop basse pour avoir des hallucinations auditives, surtout auditives. Il y avait donc bien du champagne dans les parages. Ces petites bulles dorées me renvoient vers Pétronille, cette intrigante héroïne de l’œuvre éponyme. Une odyssée d’amitié teintée d’or et de bulles légères, qui subitement explosent en bouche. Lisez-le, et vous comprendrez. Ou alors je vois un homme espagnol, fier et amateur de colocataires. Et cette jeune Saturnine, cette amatrice inconditionnelle de champagne au franc-parler aussi tranchant que sa perspicacité. Un secret aussi. Un conte pas si Barbe-bleuesque que cela finalement. Voilà, je voyage entre ses lignes et ces bulles. Je repense à notre cher capitaine Haddock en voyage sur la Lune, avec sa bulle de cognac dorée qui lui éclate au nez ! Il y a tant à voir dans une bulle, surtout dans une bulle d’or. Le champagne me parvient alors : je refuse poliment : à 17 ans, devant sa mère, on fait l’exemple. Le temps est long, très long et nos jambes fatiguent. Le sol attire les corps, la loi de la gravité semble plus forte en milieu de librairie. Je m’assoie. Pioche un livre, n’importe lequel de préférence et tourne les pages. Derrière moi, les deux chanteurs ne tarissent pas. Ils passent de la critique d’une photographie à l’élaboration de nouvelles chansons. Et avec pour facteur commun leur personne. Ils ont une opinion sur tout, absolument tout et peuvent répondre à tout. Tout. Tout. Tout. Trop. Trop de tout. On dirait de jeunes Callicles qui font à un Socrate invisible la démonstration de la doxa, cette opinion, cette attitude de celui qui croit savoir sans avoir auparavant verifié la validité de la chose. Je souris intérieurement. Avec un peu de recul, mon prof –pardon professeur- de philosophie aurait été fier de moi. J’ai retenu la leçon.

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