Amélie Nothomb m’a ressucitée #3

Toujours est-il que nous avançons très peu, à pas de souris, voire en rampant. Ne jamais sous-estimer le courage des demandeurs de dédicaces. Surtout ceux d’Amélie Nothomb. Cela, croyez-moi, n’est en rien un reproche : consacrer en moyenne six minutes à chaque personne cinq heures de suite sans pause doit être extrêmement éprouvant ; cela n’en est que plus admirable. Je vous le dis, le parcours du combattant n’existe pas qu’à Koh-Lanta mais bien aussi au milieu des livres. Car je peux vous promettre que devant moi, certains demandeurs de dédicace se décomposaient un peu plus chaque minute. Par pudeur je ne vous ferai pas la description de mon état, au point de rupture ou au sortir d’une essoreuse. Au choix. Alors on attend. Il n’y a pas meilleur exercice pour la patience ; et encore, on triche car on a accès à des centaines de livres, tous plus intéressants que les autres. Simplement, les yeux fatiguent et les mots ne nous atteignent plus. Le zombie le devient de plus en plus : il était déjà en mauvaise état, mais là… Le voilà qui s’appuie au poteau. Le bras pendant, le dos plus voûté encore. Dans mon fort intérieur, je prie pour lui. Son sac à dos pend aussi, à demi-ouvert comme égaré. Tout pend en lui, même ses paupières. Alors on attend, tous ensemble, bien aligné et bien fatigué. Un pas de plus. Deux pas. Nous y sommes presque ! Ca y est ! Plus que trois personnes devant moi. Et là, le miracle se produit. D’un geste magistral, le zombie se relève, bombe le torse, reprend les commandes de ses membres supérieurs, lâche son poteau et ferme son sac. Ça y est. Le zombie n’en est plus un ! Je saute presque de joie ! Mais que lui est-il donc arrivé ? Que lui a-t-on injecté ? Une grosse dose d’adrénaline ? Non. Une dose massive de rayons nothombiens. Sidérée, j’examine la situation : cinq minutes auparavant, mon cher zombie menaçait de tomber en poussière et le voilà maintenant à deux pas qui reprend des forces. La seule différence entre ces deux moments, c’est l’emplacement du zombie et par conséquent, du mien : il a avancé de trente centimètres. Un petit pas pour l’homme un grand pas pour l’humanité, dit-on. Ici le dicton est vérifié : le zombie a muté en un être parfaitement humain, voir un superman, quand on le voit s’avancer fièrement vers Amélie Nothomb. Un grand sourire aux lèvres. C’est qu’elle vient d’apercevoir son T-shirt, parfaitement improbable : un énorme hamburger sur fond noir ! Avec le plus grand des naturels, elle s’écrie : « Oh ! Mais j’adore les cheeseburgers ! ».  C’est beau à voir. Il lui tend un cadeau, comme beaucoup d’autres avant lui et bien d’autres après lui. Elle l’ouvre, le remercie. Ils échangent un bon moment puis prennent une photo. Celui qui s’en retourne, rayonnant et le sac vide, n’est plus le même que dix minutes plus tôt. Il resplendit. Il est droit, joyeux et ses yeux pétillent. Rien de faux là-dedans, simplement de l’émerveillement. Cette femme a vraiment quelque chose. Et je n’allais pas tarder à m’en apercevoir. Encore deux personnes. Une femme étrangement accoutrée, la cinquantaine, un bonnet à oreilles sur la tête et de style randonneur lui offre aussi un petit quelque chose. Deux jeunes filles, mon âge environ. L’échange est plus court. C’est à moi.

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